Triple peine

connect RH est partenaire des Trophées des Femmes de l’Economie en Provence depuis l’origine. Nous sommes plutôt fiers d’accompagner ses fondateurs dans cette démarche de récompense des femmes qui font bouger les lignes. Dans le même temps d’autres doivent se battre sur des fronts d’une violence extrême, je tiens ici à leur rendre hommage :

Nous sommes tous plus ou moins sensibilisés par les phénomènes de discrimination, liées à l’âge, à l’origine, au genre, à la religion, etc. Beaucoup de professionnels du recrutement, sous l’impulsion de leur syndicat notamment, œuvrent pour faire en sorte d’écarter les comportements discriminatoires. Au-delà du respect de l’article L121-6 du Code du Travail* certains ont des convictions très ancrées. D’autres, par pragmatisme, se disent qu’une fois retirés les femmes, les juniors, les quadras, les noms ou prénoms à consonance étrangère… le choix est limité, dans un contexte de pénurie qui plus est.

Dans le monde du travail il est souvent compliqué d’être une femme. Les freins sont nombreux du côté des discriminateurs, entre autres : l’inévitable grossesse à venir pour les plus jeunes, les problèmes de garde, la reprise après un congé parental, l’éventualité de suivi du conjoint (car c’est dans ce sens que cela fonctionne). Une fois passée la quarantaine les choses devraient s’arranger, mais on est déjà à l’orée de la séniorité avec son cortège de prétentions salariales hors normes, d’habitudes qui interdisent le formatage, de potentiels qui ne pourront plus s’exprimer puisqu’ils ne l’ont pas été jusqu’alors… Si ce n’était que cela.

En 2007, une candidate qui venait d’être retenue à l’issue de la sélection finale m’a indiqué vouloir se désister et demandé de prévenir le client qu’un cancer du sein venait de lui être diagnostiqué ; elle devait subir une intervention. Elle m’a expliqué admettre que sa candidature ne fût finalement pas retenue, surtout pour prendre la direction d’une business unit de 300 personnes. Elle doit toujours être en poste. La réaction du client fut en effet très claire : elle avait le droit d’être malade. Cas exceptionnel.

Car il est bien une réalité supplémentaire, la maladie. En France, chaque année, on dénombre par exemple 50.000 nouveaux cas de cancer du sein, soit environ 14% des cas de cancer. La maladie ne devrait jamais être honteuse, elle l’est. Et elle écarte, elle exclut. Celle-ci surtout.

Nous ne vivons pas dans un monde parfait (celui des bisounours comme on le dit bien souvent), et il n’est pas devant nous. L’entreprise a des impératifs de productivité, de rentabilité, c’est à ce prix qu’elle assure sa pérennité, donc les emplois qu’elle génère et les dividendes qu’elle verse. Personne ne peut remettre en cause ceci.

Néanmoins, à l’heure où les « valeurs de l’entreprise » sont mises en avant, parmi lesquelles bien souvent le respect, la capacité à prendre des risques, quand dans tous les discours on entend dire qu’il faut remettre l’humain au centre (mais au centre de quoi ?), cette mise à l’écart est inconvenante, et même obscène. Il me semble que nous avons tous, là aussi, un rôle à jouer pour dénoncer ces situations et accompagner au mieux les personnes touchées, sans attendre d’être personnellement concerné.

La maladie en elle-même (et encore une fois celle-ci en particulier) débouche souvent sur une mise à l’écart sociale, voire familiale (en raison de la perte d’une part de féminité, ce qui n’est pas très glorieux pour la gent masculine). De mon point de vue l’entreprise ne devrait pas ajouter encore à cette exclusion. Elle est aussi un lieu de vie, dans lequel tout le monde n’avance peut-être pas au même rythme, mais qui doit aussi savoir accompagner les (momentanément) plus faibles, ceci contribue à leur redonner de la force pour repartir et permet aux autres de donner un sens plus profond à leur engagement pour l’organisation qui les emploie.

Courage à toutes celles à qui l’on fait subir cette triple peine (féminité, séniorité et maladie) et qui doivent se battre à la fois contre les préjugés et contre la maladie. Que celles qui ont réussi à gagner ces batailles n’hésitent pas à le faire savoir, quand bien même la parole est ici difficile, elles ont vraiment valeur d’exemple. Elles.

Marc Low

*cela ne fait jamais de mal de le rappeler : « Les informations demandées, sous quelque forme que ce soit, au candidat à un emploi ou à un salarié ne peuvent avoir comme finalité que d’apprécier sa capacité à occuper l’emploi proposé ou ses aptitudes professionnelles. Ces informations doivent présenter un lien direct et nécessaire avec l’emploi proposé ou avec l’évaluation des aptitudes professionnelles. Le candidat à un emploi ou le salarié est tenu d’y répondre de bonne foi. » Au passage, ne pas oublier non plus l’importance de la dernière phrase.

** Le risque d’apparition du cancer du sein augmente avec le vieillissement. Il double approximativement tous les 10 ans jusqu’à la ménopause.

 

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