Vous reprendrez bien un peu de Génération Y

Vous voulez de la Génération Y ? Vous en avez, et à toutes les sauces. Qui n’a pas sa petite anecdote sur ces Y ? Qui n’est pas allé voir un conférencier émérite sur le sujet ? Certains se déclarent « fans de la Génération Y ». Même France Culture s’y met ! Jusqu’où nous arrêterons-nous sur la question ?

Le nombre de spécialistes du sujet ne cesse de croître, c’est qu’il doit y avoir un marché. Ces autoproclamés experts nous expliquent que si les « Yers » (je les nomme comme cela dans ma thèse car,  je l’avoue, je les évoque) sont comme ils sont, c’est-à-dire impatients, peu prêts à se sacrifier, critiques à l’égard de leurs supérieurs, arrogants face aux plus anciens, n’en jetez plus, c’est à cause du tout numérique, de la crise économique, de celle des valeurs (mais ils en auraient plus que leurs aînés selon certains), du VIH, je rajoute pour faire bonne mesure des mangas et de la fast food, et sûrement encore plein d’autres choses. Ils ont aussi des qualités certes, il faut bien qu’ils en aient pour avoir des fans.

Il est tellement facile de démonter tous ces faux arguments que je n’y perdrai pas trop de temps, deux choses néanmoins : la tarte à la crème de la contradiction sur ce sujet, Platon citant Socrate in la République : « les jeunes d’aujourd’hui aiment le luxe ; ils sont mal élevés, méprisent l’autorité, n’ont aucun respect pour les anciens », et (re)lisons aussi Confucius, pour nous rappeler que 600 ans avant notre ère, déjà, la même question était posée ; ensuite arrêtons avec la question du numérique, une personne de 20 ans aujourd’hui a grandi en regardant Le Livre de la jungle à partir de cassettes VHS, pas sur des tablettes, elle écoutait la musique sur des CD dans le meilleur des cas (les K7 audio existaient encore), pas avec un iPod. L’eau courante fut une révolution dans les appartements des villes à la fin du XIXe siècle (« eau et gaz à tous les étages »), l’électricité le fut au début du XXe, puis la radio avant la guerre, la télévision dans les années 50s, le téléphone la décennie suivante, aujourd’hui il s’agit du numérique, nous avions un écran (passif) par foyer au début des années 80s, nous en avons entre 4 et 6 (interactifs) aujourd’hui, ce n’est qu’une évolution, au même titre que les autres.

Ceci ne veut pas dire pour autant qu’il n’y a pas de génération du numérique, mais elle n’est pas encore arrivée sur le marché du travail. A ce sujet j’invite le lecteur à s’intéresser aux articles de Marc Prensky. Et là il y aura à dire, à écrire, sur les digital natives ou l’apparition de ce nouvel humain que Michel Serres nomme poétiquement Petite Poucette*. Je ne peux me priver du plaisir d’insérer ce petit dessin** :

La Génération Y n’est qu’un concept Marketing, une expression à la mode (depuis 2008, alors qu’ils sont arrivés sur le marché du travail en 2000), à tel point que l’on entend des personnes se plaindre d’adolescents (voire pré-adolescents) qui seraient totalement représentatifs de la Génération Y. Elle est pourtant définie communément au sujet des personnes nées entre 1977 et 1991.

Si les articles fleurissent sur la question (re-bonjour nos pseudo-experts, et constatons qu’il s’agit principalement de blogs ou de journaux généralistes), combien d’études en sociologie ? Un panier garni au premier qui cite cinq publications académiques et/ou thèses doctorales. Car si le phénomène bouleverse autant notre société les sociologues ont bien dû se pencher dessus depuis tant d’années. C’est bien leur domaine de compétences.

Plus j’entends les uns et les autres s’exprimer sur le sujet, plus j’acquiers la certitude que ce concept ne vient que masquer nos insuffisances en termes de management. Nous les X (heureusement que Douglas Coupland a intitulé son livre Generation X : Tales for an accelerated culture, cela permet de poursuivre l’alphabet au-delà de la justification du « Why generation »), mais aussi nos aînés, les baby boomers, avons trouvé une excuse en or : « ce n’est pas que nous sommes de mauvais managers, c’est de leur faute à eux ».

Accorder autant d’importance à cette question c’est nous exonérer de nos insuffisances, c’est déclarer très ouvertement que nous ne sommes responsables de rien. « C’est pas moi, c’est lui ». Nous pourrions nous poser d’autres questions, sur notre façon d’écouter nos équipes, de leur donner envie, de leur proposer un avenir, qu’il soit dans ou hors l’entreprise. Cela nous oblige à une remise en cause personnelle, à laquelle tous ne sont pas prêts. Elle apparaît néanmoins indispensable.

Marc Low

* Petite Poucette parce qu’elle utilisera ses pouces, je ne peux m’empêcher d’imaginer que ce nouvel humain pourrait aussi s’appeler Hernie Cervicale (autre conséquence des smartphones et tablettes mais également des notebooks), mais c’est moins poétique…

** D’autres sur http://beingfive.blogspot.fr/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *