Un consultant devrait être sans idée

Ce bon vieux Maître Kong

En exergue de ma thèse j’avais paraphrasé le titre d’un livre du sinologue et philosophe François Jullien : « Un sage est sans idée ». C’est ce qu’il était dit de Confucius, signifiant par là que, n’ayant pas d’idée préconçue, il était ouvert à tous les possibles. Ceci marque ainsi une différence profonde entre la philosophie grecque et la sagesse chinoise, thème central de l’ouvrage*.

Quel rapport avec le consultant ?

Nous n’avons pas vocation à nous poser en Sage, en Être accompli, comme le traduit Cyril Javary, ou en Saint, comme le traduisaient les jésuites. Néanmoins lorsque nous faisons passer un entretien nous devrions réfléchir sur cette approche. Combien de fois entend-on que la première impression est la bonne, qu’une poignée de mains suffit pour jauger une personne, qu’en quelques minutes une opinion est faite ?

Quand nous démarrons un entretien chez connect RH, nous avons sous les yeux les résultats d’un questionnaire sur les comportements au travail, ceux de tests d’aptitudes, d’autres éventuellement. Tout ce qui permet à beaucoup – sans  évoquer les ressentis – de dire si le candidat convient au poste, ou pas. D’ailleurs combien de candidats sont (sur le fond) éliminés avant même d’avoir rencontré un consultant ?

Nous nous refusons à préjuger, nous essayons d’être sans idée (préconçue) face à notre interlocuteur. L’entretien, non directif, qui consiste à poser la sempiternelle question « parlez-moi de vous » (dans une autre vie, alors que j’étais candidat, mon interlocuteur m’invita à m’asseoir et me dit : « alors ? », une heure après il n’avait quasiment rien dit de plus et j’étais recruté) permet de voir défiler le temps, mais n’apporte rien de plus que les éléments déjà connus. L’entretien trop directif laisse au final peu de place à une écoute active et donc à une capacité de réaction. Dans les deux cas le candidat qui a « bien appris sa leçon » amène le consultant à entendre ce qu’il a envie d’entendre. Intellectuellement la situation est sans doute confortable pour tout le monde.

Il faut donc trouver un juste milieu, ou pour reprendre cette référence à la sagesse chinoise « un milieu juste », qui a pour particularité de ne pas se trouver au milieu, mais là où il est le plus approprié entre les deux extrémités d’un segment en fonction du moment et des événements (et certains se demandent encore pourquoi la Chine, Empire du Milieu, dominera le monde dans 30 ans !). L’entretien structuré auquel nous faisons régulièrement référence permet cette souplesse, certaines questions sont incontournables, et les mêmes pour tous les candidats, d’autres évoluent en fonction des réflexions menées avec le candidat sur les résultats de tests. Toutes sont précises, elles nous ramènent à l’expérience concrète, au vécu : « donnez-moi un exemple dans votre parcours », « dans cette situation comment avez-vous réagi ? », « quel fut le résultat de cette action ? », « que pouvez-vous tirer de positif de cette période ? » … Les réponses nourrissent la réflexion, suscitent d’autres questions, si elles sont trop évasives on a le droit de revenir à la charge. Le fait de ne pas avoir d’a priori permet véritablement d’approfondir le travail de recherche.

Les devins

La posture de celui qui sait à l’avance, on l’appelle aussi devin, rassure celui qui la prend, « avec l’expérience on sait rapidement à qui on a à faire ». Avec l’expérience on devrait surtout apprendre à ne pas s’enfermer dans des schémas trop simples, à se remettre en question et à tirer les bonnes conclusions de ses erreurs. Mais peut-être que certains n’en font jamais, à se demander s’ils ne boivent du café à longueur de journée que pour se fournir en marc.

Ce type d’entretien est certes moins confortable. Il est aussi bien plus stimulant. Il offre surtout plus de cohérence dans les décisions (voir le post du 27 mai 2014). Nous continuerons donc à ne pas avoir d’idées (préconçues) pour tenter de nous ouvrir à tous les possibles.

Marc Low

* Un sage est sans idée : Ou l’autre de la philosophie