Étiquette : Diversité

Petit déjeuner du 8 mars 2017

Innover et entreprendre se conjuguent aussi au féminin

Tel était le thème du dernier Petit Déjeuner connect RH – IAE Aix-Marseille qui s’est tenu le 8 mars. Un thème en phase avec nos préoccupations de RH : évaluer (l’esprit d’innovation, celui d’entreprendre) et aussi ne pas discriminer. Nous l’avions qualifié de « plus grand de nos petits déjeuners ». En effet nous étions reçus pour l’occasion au Jardin du Pharo, siège de la plus grande université francophone du monde, et ce n’est pas une galéjade marseillaise, Aix-Marseille Université (AMU) avec ses 77.000 étudiants et ses 8.000 collaborateurs détient cette position enviable.

Comme toujours de nombreuses entreprises étaient présentes, de grands groupes : la Caisse d’Epargne, le Crédit Agricole, la Banque Martin Maurel, la Société Générale (le sujet intéressait les banquiers apparemment), CMA CGM, Enedis, Gemalto, SNEF… de belles PME locales : Oreca, Fives Pillard, TechoPlus Industrie, La Varappe… et aussi des institutions CCIMP, UIMM Alpes-Provence. Geneviève Maillet, la Batônnière du Barreau de Marseille, nous a aussi honorés de sa présence.

Notre hôte du jour, le Président Yvon Berland a accueilli la cinquantaine d’invités dans la (très belle) salle du Conseil pour ensuite passer la parole à Virginie de Barnier, Directrice de l’IAE Aix-Marseille et Philippe Brun, DRH Monde de STMicroelectronics, nos deux grands témoins. 

  

Dans sa présentation de l’IAE, Virginie de Barnier a d’abord rappelé sa position de premier centre de recherche en France avec 150 thèses doctorales soutenues en 4 ans. Les statistiques qu’elle a ensuite montrées représentaient un fort intérêt pour le recruteur que je suis. Je défends en effet la position d’une égalité de rémunération à l’embauche entre hommes et femmes. C’est un constat que je fais depuis 17 ans maintenant, je n’ai jamais vu un client augmenter ou baisser un salaire d’embauche en fonction du genre. D’après les chiffres exposés, concernant les alumni de l’IAE, si le taux d’emploi en sortie et les salaires sont sensiblement équivalents, les avantages (voiture de fonction par exemple) que réussissent à obtenir les hommes sont significativement supérieurs, de plus de 20% ! Autre donnée intéressante, la proportion des femmes (toujours pour les diplômés de l’IAE) parmi les entrepreneurs est de 25%. Elle est de 33% en France.

Il semble alors pertinent de rappeler que l’innovation et l’entrepreneurship ne sont pas des valeurs intrinsèques liées au taux de testostérone. Si aucune étude ne le démontre à ce jour, pour être toutefois complet je ne peux pas ne pas évoquer le paradoxe norvégien, ainsi que l’a fait Philippe Brun. La question est culturelle : en France moins de 30% des ingénieurs sont des femmes. 50% en Chine ou en Inde. Qui est le plus évolué ? Des chiffres que l’on retrouve d’ailleurs dans les dépôts de brevet, 29% en France pour les femmes, la moitié en Chine ou en Corée du Sud. Sans parler des « oubliées » des prix Nobel, moins de 5% de femmes sur les 900 « nobélisés », dont seulement 17 pour des scientifiques (dont 2 pour Marie Curie !).

Philippe Brun a commencé par rappeler l’importance de l’innovation dans un groupe comme STMicroelectronics, 20% du chiffre d’affaires y est consacré. La vision mondiale que lui confère sa position lui fait poser la question de la mise en place de politiques volontaristes en termes de mixités, au pluriel car au-delà de la question du genre, pour comprendre que la diversité doit être considérée comme une richesse pour l’entreprise. Une fois le constat, admis par tous les présents, de la dimension culturelle de la problématique, liée à l’éducation, au système scolaire, à la façon dont l’information est véhiculée, etc. l’idée est d’impulser un volontarisme qui fait ouvrir les portes plutôt que de les refermer.

Ceci ne doit pas impliquer la mise en place de politiques de discrimination positive, quand bien même la loi peut parfois aider à rééquilibrer les choses ; ainsi celle qu’a faite voter la Députée Marie-Jo Zimmermann, qui fixe un minimum de 40% d’un genre dans les conseils d’administration des entreprises de plus de 500 salariés (traduit bien souvent par 40% de femmes dans les CA).

Les échanges d’expérience ont continué à enrichir le débat, c’est bien l’objectif de ces rendez-vous. La note positive est que les participants semblaient assez unanimes pour dire que malgré tout ils ressentaient une amélioration sensible parmi les plus jeunes.

Souhaitons le, et si ce n’est pas pour des raisons morales, alors que ce le soit parce que les entreprises ont besoin d’ingénieurs, d’entrepreneurs, et puisque les contingents masculins ne suffisent pas…

  

Marc Low

 

Trophées des Femmes de l’Économie

Cette année encore connect RH est partenaire des Trophées des Femmes de l’Économie. Promouvant toutes les diversités, toutes les mixités, comme sources de richesse, il nous a semblé naturel de nous associer à cette manifestation dès le début, car pour nous chacun (dont chacune) doit pouvoir trouver sa juste place dans l’entreprise.

Nous ne voulons pas nous inscrire dans une démarche de discrimination positive. Que nous venions en aide aux jeunes issus des ZUS du projet 100 chances – 100 emplois, ou que nous nous associions à une remise de récompense, nous voulons juste contribuer à mettre en avant des personnes qui s’engagent, qui s’investissent. Les jeunes évoqués sont à montrer en exemple. Ils nous prouvent que l’on peut vaincre une soi-disant fatalité, un déterminisme qui vous contraint à l’échec. Nous ne faisons, avec toutes les entreprises participantes, que leur donner le petit coup de pouce qui va les mettre en confiance, leur permettre de rencontrer la bonne personne. 

Il en est de même pour les Trophées des Femmes de l’Économie. Il s’agit pour nous de rappeler que ces dernières peuvent réussir aussi bien que les hommes, non pas en s’appuyant sur des soi-disant qualités typiquement féminines – la sensibilité, la diplomatie, l’empathie, et toute autre bêtise du genre -, mais en ayant des traits de caractère communs à toute personne qui réussit : l’ambition, l’exigence, la discipline, entre autres.

Souvent, comme pour un « jeune des quartiers », le chemin qui est tracé aux femmes est semé de beaucoup d’embûches. Beaucoup doivent se battre davantage, c’est une réalité, encore en France au XXIème siècle. Nous revenons alors aux qualités évoquées précédemment, auxquelles elles doivent encore plus faire appel que d’autres.

Mais la réalité est aussi que certaines semblent toujours vivre à l’époque du baby boom, voire avant, malgré leurs beaux diplômes pour certaines, malgré parfois un brillant début de carrière, qu’elles délaissent au profit de celle de leur conjoint. Ne l’oublions pas non plus, et là non plus ne cherchons pas de mauvaises excuses. Elles mènent à des artefacts, à des solutions faciles : la mise en place d’une discrimination positive, de quotas, c’est tellement plus facile que de se remettre en cause.

Alors si en participant à la mise en avant de femmes qui « réussissent » leur carrière professionnelle, sans pour autant que cela en fasse de « mauvaises mères », de « mauvaises épouses »*, nous pouvons donner envie à d’autres d’aller un peu plus de l’avant, d’oser, alors nous aurons joué notre rôle d’entreprise citoyenne.

Marc Low

* Réussite professionnelle, « mauvaise mère », « mauvaise épouse », ces termes restent bien évidemment à définir.

Engagement syndical

Billet militant

Le dernier petit déjeuner connect RH avait pour thème l’Engagement, celui des salariés au sein de l’entreprise. A écouter notre grand témoin, Philippe Alchus de la Société Ricard, il est évident que cette notion est profondément ancrée dans l’ADN du Groupe. Le charisme du Fondateur, les histoires et l’Histoire (au cours de la seconde guerre mondiale par exemple), tout ceci est dans la mémoire des collaborateurs et est entretenu au quotidien par une direction qui se montre aussi exemplaire dans cet engagement et dans la proximité.

Pour s’engager il faut croire en quelque chose, on parle ainsi souvent de culture d’entreprise, de valeurs. Pourtant aucune valeur n’est affichée chez Ricard, pas d’affichage certes, mais du vécu. Cette question des valeurs posée a d’ailleurs tout naturellement entraîné le sujet du prochain petit déjeuner* : « Les valeurs (s)ont-elles encore une valeur ? »

Toutefois l’engagement que je tiens à évoquer ici est celui d’un cabinet au sein de Syntec Conseil en Recrutement. Ici il ne s’agit pas de « se battre » pour son entreprise, mais pour des idées, pour défendre une profession, ses intérêts. Pour rappel celle de recruteur est non réglementée : je ne peux toujours pas ouvrir de salon de coiffure, le pire risque serait de rendre ridicules mes clients, mais n’importe qui peut se prétendre consultant en recrutement, avec juste comme risque celui de gâcher des vies professionnelles. Le libéralisme fonctionnerait-il à plusieurs vitesses ? Parmi les 1000 à 1500 structures qui interviendraient en recrutement (dans ma thèse j’explique pourquoi une si large fourchette), seules environ 130 adhèrent à leur syndicat professionnel. Heureusement elles représentent plus de 50% du chiffre d’affaires de la profession.

En tant que Délégué régional j’essaie de convaincre des consœurs et confrères de rejoindre Syntec. Je défends l’idée que nous aurons plus de poids auprès des pouvoirs publics et autres acteur de l’emploi (l’Apec par exemple) dont nous sommes l’unique interlocuteur pour la profession (heureusement que nous étions là pour nous opposer à l’aberration du CV anonyme), que nous améliorons nos pratiques en les benchmarkant, que nous avons démontré notre utilité en étant à l’origine de codes de bonne conduite, de bonnes pratiques (comme la promotion du CV Citoyen), que nous menons des réflexions pour faire évoluer notre métier, afin de mieux servir nos clients : entreprises et candidats. En effet nos candidats sont aussi des clients, cette façon de les considérer à grandement fait évoluer la relation depuis une quinzaine d’années.

Quand les entreprises recherchent, par l’intermédiaire de consultants, des candidats prêts à s’engager, je trouve affligeant de m’entendre répondre par mes consœurs et confrères : « combien ça coûte ? », « qu’est-ce que j’y gagne ? ». Les mêmes qui reprochent aux candidats d’être des consommateurs ne se comportent pas autrement. Les mêmes qui se moquent des collaborateurs adhérant à un syndicat de salariés dans le seul but de se protéger ne se comportent pas autrement.

Ce constat établi dans le cadre de ma profession, je le retrouve dans des discussions avec des présidents ou des secrétaires généraux de fédération professionnelle : beaucoup d’entreprises n’adhèrent que quand elles voient un intérêt à court terme, ou bien purement financier, sans parler de ces patrons qui rejoignent un syndicat professionnel pour préparer leur avenir politique. Où est passé le sens (et le goût) du bien commun ? Je ne veux surtout pas généraliser car quand j’entends les chefs d’entreprise de la French Tech Aix-Marseille je suis plutôt rassuré, mais le constat global est bien là.

Comme cela est démontré chez Ricard, au sein de l’entreprise l’engagement ne peut être individuel, il est collectif, car il s’inscrit dans une histoire, dans une volonté commune d’aller de l’avant, ce qui le diffère de la motivation. On peut être motivé sans être engagé, l’inverse n’est pas vérifié. Ce qui vaut pour des collaborateurs au sein d’une entreprise vaut pour des entreprises au sein de leur profession. Il paraît qu’ensemble on est plus fort (je vous propose à ce sujet de revenir sur ce billet de blog de juillet 2013).

Adhérer à Syntec n’est certes pas un gage de qualité, ne pas y adhérer n’est pas non plus un facteur de non-qualité, en revanche au moment de choisir un partenaire il serait peut-être pertinent pour les entreprises de voir qui s’engage vraiment.

Marc Low

* le 13 décembre à l’IAE Aix-Marseille, avec comme grand témoin Magali Avignon, Directrice Générale de mychezmoi.com,  inscription obligatoire (marc.low@connect-rh.com).

Conférences des Femmes de l’Economie

Le 3 mars se tenait au siège de la Caisse d’Epargne Provence Alpes Corse – merci encore pour la qualité de l’accueil – une conférence sur la place des femmes dans les conseils d’administration, organisée par « Les Femmes de l’Economie » et connect RH en lien avec l’UPE13.

Avant d’évoquer ce moment en lui-même, je voudrais revenir sur un particularisme marseillais. De ceux qui dérangent car ils contribuent à dégrader l’image de la ville. Quand à Bordeaux ou à Lyon 150 personnes répondent positivement à l’invitation, on retrouve entre 120 et 130 participants ; à Marseille, pour paraphraser Corneille (pas le chanteur, désolé) : « nous partîmes 200 mais sans prompt renfort, nous nous vîmes à peine 120 en arrivant au port ». A peine une dizaine de personnes a eu la courtoisie de prévenir. Continuons à apporter de l’eau au moulin à ceux qui nous considèrent peu fiables.

Cette conférence réunissait donc Madame la Députée Marie-Jo Zimmermann et Madame Christine Oghly, Chef d’entreprise, VP Femmes Chef d’Entreprise (FCE) Monde, Vice-présidente du Pôle international du MEDEF, interrogées par Thierry Debaille.

Nous retrouvions notamment dans l’assistance (et sur la photo ci-dessous, de gauche à droite) : Geneviève Maillet, Bâtonnier de Marseille, Aurore Sun, Présidente FCE Marseille, moi-même, Marie-Christine Oghly, Marie-Jo Zimmermann, France Selvidès de Provence Pionnières et Denis Amblard, Président des DCF Marseille-Provence.

Lucie Depoortere, Présidente de Femmes 3000 Bouches-du-Rhône et Danièle Prieur, Présidente d’Altafemina, présentes, ne sont pas sur la photo.

J’aimerais souligner certains points et remarques entendus au cours de cette conférence. En premier lieu le fait que dans l’idée de Mme Zimmermann (de ce que j’en ai compris tout au moins) la question n’est pas d’arriver à 40% de femmes dans les conseils d’administration (CA), mais de faire en sorte de trouver un équilibre entre les genres, pour aboutir par exemple à 40% d’hommes au sein d’un CA qui serait composé de 100% de femmes à l’origine. C’est la composition historique des CA qui nous fait dire 40% de femmes. Ce qui me plaît dans cette idée c’est que sur le fond elle remet en cause la notion de quota (contre laquelle je suis, seules les compétences doivent compter) telle que nous la percevons de prime abord.

Le deuxième point que je retiens est que si dans certains cas des femmes ont pu servir d’alibi, sans aucune compétence autre que celle d’être « l’épouse de », un mouvement de professionnalisation existe. connect RH a pour vocation de s’y associer, nous y reviendrons.

Le troisième point est que l’intégration de femmes dans les CA (il faut malgré tout l’écrire comme cela puisque pour l’heure c’est dans ce sens que doivent aller les choses), mais aussi d’une manière générale plus d’ouverture, mettra fin à cette consanguinité qui pénalise in fine nos entreprises au sein desquelles dans les CA c’est tout de même souvent « je te tiens tu me tiens par la barbichette ».

Le dernier point enfin est qu’à l’écoute de la salle les vieux préjugés ont la vie dure, que ce soit chez ce quinqua qui explique que les hommes ont une vision stratégique, quand les femmes (par défaut donc) ne sont aptes qu’à gérer le quotidien, ou chez cette trentenaire qui interpelle sur le fait qu’elle doit gérer à la fois sa vie professionnelle et la tenue du foyer, j’ai entendu des « change de mari » dans la salle.

Si les vieux préjugés ont la vie dure, c’est qu’il y a encore beaucoup de travail pour continuer à faire évoluer les choses. Au sein de Syntec, nous considérons que la diversité (toutes les diversités en fait) est une chance, « et un facteur de performance » souligne Marie-Christine Oghly.

Alors au travail.

Marc Low

Petit déjeuner du 2 février 2016

Le 2 février l’IAE Aix-Marseille recevait pour la première fois un petit déjeuner connect RH. Une cinquantaine de participants – accueillis chaleureusement par Virginie de Barnier, Directrice de l’IAE – représentaient des entreprises aussi variées que Veolia, Sofitel, Supersonic Imagine, T’nB, Société Française de Garantie, Lidl, Komax, AeroTech, Ascometal…

            

Manager l’interculturalité, les parcours de nos grands témoins parlent d’eux-même. Tristan Serreta, ancien pilote dans l’Armée de l’Air, aujourd’hui General Manager d’Airbus Helicopters Training Services, précédemment General Manager d’Eurocopter au Kazakhstan. Carolina Serrano-Archimi, Maître de Conférences à l’IAE, hispano-helvète, qui a choisi de vivre à équidistance entre Genève et Barcelone.

Tristan nous a donc fait part de son expérience dans un pays où tous nos codes sont bouleversés : culture soviétique encore bien ancrée, pays asiatique où l’on ne parle pas anglais, et encore moins français… La clé de la réussite fut pourtant une communication efficace, basée sur une réelle ouverture à l’autre et à sa différence. Une situation qu’il connaît encore aujourd’hui dans un centre qui accueille 150 nationalités différentes.

Carolina a apporté un regard plus académique sur la question, expliquant que les recherches actuelles sur l’interculturalité se rapprochent aujourd’hui de celles sur le leadership. L’interculturalité implique souvent pour les personnes qui y sont confrontées une forme de perte d’identité, l’objectif devient alors d’aller vers ce qui rapproche, de « remplir autre chose ». La question de la culture d’entreprise, et comment elle doit transcender l’interculturalité, se pose de façon encore plus prégnante.

La parti-pris pour ce petit déjeuner fut d’évoquer l’interculturalité nationale, les différences culturelles entre générations par exemple furent volontairement mises de côté, quand bien même les problématiques se ressemblent parfois.

De nombreuses personnes se sont exprimées, les petits déjeuners connect RH gardent pour vocation de représenter un lieu d’échanges, ces derniers furent effectivement très riches, la question aurait mérité quelques heures supplémentaires semble-t-il. Il n’est donc pas impossible que le sujet soit à nouveau proposé dans les mois qui viennent.

Marc Low

Trophées des Femmes de l’Économie

Cette année encore connect RH est partenaire des Trophées pour la région PACA.

Séverine Borgnon sera à nouveau membre du Jury, pour apporter un regard RH sur les parcours des candidates. Ces dernières peuvent déposer leur dossier jusqu’au 26 avril sur le site web de l’événement : http://www.femmes-economie.com/


Ce partenariat qui s’inscrit dans la durée (depuis la création du cabinet), auprès de très grands groupes ou institutions, continue à marquer notre attachement à la promotion de toutes les diversités, sources de richesse pour l’entreprise.

Marc Low

Insertion professionnelle et entrepreneuriat

Nous avons choisi de vous présenter régulièrement des entreprises ou des entrepreneurs avec lesquels nous sommes en contact en interviewant leur Dirigeant, DRH… Pour cette première nous sommes allés voir Laurent Laïk, qui dirige le groupe La Varappe depuis plus de quinze ans. Une entreprise presque comme les autres, mais qui intègre totalement la dimension sociale dans son objet. Les habitués de ce blog connaissent la sensibilité que nous avons développée sur la question. Laurent Laïk nous démontre que l’on peut être entrepreneur, libéral quand on parle de concurrence, tout en « faisant » de l’insertion.

connect RH
Laurent, vous avez reçu le prix de l’Entrepreneur social par la fondation Schwab et le Boston Consulting Groupe en 2010, dans le jury on retrouvait de grands patrons comme Franck Riboud (Danone), Jean-Paul Agon (L’Oréal), Xavier Huillard (Vinci)… Dans ce cadre, vous avez été invité au sommet de Davos… (voir ici l’interview sur BFM Business).
Qu’est-ce qu’un entrepreneur social ?
Laurent LAIK
Il y a beaucoup de définitions possibles mais pour moi, il s’agit d’un porteur de projet économiquement viable et suffisamment conséquent pour être au bénéfice du plus grand nombre en termes d’impact social. C’est ce que nous essayons de faire avec le Groupe La Varappe qui a pour objet l’insertion de personnes éloignées de l’emploi.


connect RH
Cet impact doit pouvoir être mesuré. Pouvez-vous nous donner quelques chiffres qui reflètent votre activité ?
Laurent LAIK
En 2013, nous avons mis en emploi quelques 1 600 personnes, souvent très éloignées de l’emploi.
Cette distance plus ou moins importante de la vie professionnelle, nous la traitons de manière spécifique : La Varappe est un groupe. Ça signifie que plusieurs entités le composent. Ces différentes structures sont organisées à la fois autour d’activités spécifiques et de l’éloignement à l’emploi que peut avoir un candidat.

connect RH
Parlez-nous de ces entités :
Laurent LAIK
Évolio: Cette structure s’appuie sur les chantiers ou ateliers d’insertion qui sont souvent « une porte d’entrée » vers un retour à la vie professionnelle pour les personnes très éloignées de l’emploi.
LVD Environnement intervient depuis 1992 dans la gestion d’espaces verts, le traitement des déchets, de l’eau…
Ses clients sont essentiellement des entreprises privées ou des collectivités territoriales, dans le cadre de marché publics.
LVD Énergies a été créée en 2006. Cette entreprise d’insertion s’appuie sur l’ensemble des dispositifs liés aux énergies renouvelables. Dans ce cadre, la société a installé des panneaux photovoltaïques puis a développé, depuis quelques années le projet « HOME », procédé de recyclage de containers en fin de vie.
Avec des résultats équivalents en termes d’isolement et de consommation énergétique aux normes de constructions habituelles, l’entreprise se distingue par des projets esthétiques à des coûts plus avantageux.
Les réalisations sont diverses. Elles vont de la construction d’espaces professionnels comme celui installé à l’attention de Pôle Emploi sur la place de la Joliette à Marseille ou encore comme habitats, qu’ils soient pour les étudiants, les logements sociaux ou même des résidences pour particuliers.
Eureka-Intérim : Il s’agit de la branche intérim d’insertion du Groupe qui représente 67% de son activité.

connect RH
La notion d’insertion induit des représentations négatives sur les publics considérés comme personnes à problèmes et donc peu attractives pour une entreprise.
Laurent LAIK
Il est vrai que les représentations sont fortes.
Pour autant, hormis pour Évolio qui œuvre exclusivement en faveur des candidats les plus éloignés de l’emploi, le Groupe fait peu ou pas état de sa vocation d’insertion : L’entreprise cliente doit trouver la même qualité et le même service que chez n’importe quel concurrent.
C’est la force du groupe et c’est de qui en fait son succès.
Pour le seul département des Bouches du Rhône, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 15 millions d’euros en 2013. Sa croissance était de 13%, malgré un contexte économique dégradé.

connect RH
Quel est le secret de cette réussite ?
Laurent LAIK
S’il suffisait d’avoir un secret pour réussir, les choses seraient simples !
Je préfère parler de force. Cette force, c’est d’abord le travail ! Il suffit de venir sur les sites, qu’ils soient le siège, les agences ou les chantiers pour voir, d’abord un personnel encadrant montrer l’exemple du travail, puis des collaborateurs investis dans leur mission.
Pour ces derniers, vous évoquiez ci-avant les représentations négatives qui entourent les problèmes du chômage. Après 25 années d’expérience dans l’insertion et 2 mandats de Président du CNEI (Comité National des Entreprises d’Insertion), je peux rapporter que la majorité des personnes en recherche d’emploi et en situation de précarité aspire à une vie professionnelle réussie.
Personne ne recherche la précarité ! C’est le manque d’opportunité d’emplois qui provoque cette rupture et le drame social du chômage !
S’il faut parler de force, la nôtre réside sans doute dans la recherche de l’innovation, l’entreprenariat au sens pur du terme et la capacité de se réinventer.
Nous pourrions nous satisfaire de nos résultats qui inscrivent aujourd’hui le Groupe La Varappe dans le TOP 10 des entreprises d’insertion en France.
Nous avons choisi d’adapter sans cesse notre projet et de prendre des risques.

connect RH
Les risques ne sont-ils pas partagés par les collectivités diverses qui financent le groupe par le biais de subventions ?
Laurent LAIK
Nous bénéficions, comme n’importe quelle entreprise des aides à l’embauche, des marchés publics.
Nous percevons pour la partie associative quelques subventions qui n’excèdent pas au total 10 % de notre chiffre d’affaires.
Nous sommes une entreprise comme n’importe quelle entreprise qui a des clients et des salariés.

connect RH
L’insertion est un métier. Comment pratiquez-vous le vôtre pour avoir de tels résultats ?
Laurent LAIK
Nous avons choisi d’avoir un plateau technique réduit et efficace.
Nous investissons essentiellement dans un corps d’accompagnants experts en insertion. Nous avons un Service RH Insertion dédié. L’articulation de ces compétences autour de véritables parcours d’insertion garantit nos bons résultats.

connect RH
Quels sont vos projets pour aujourd’hui et demain ?
Laurent LAIK
Ils sont nombreux… rires…
Nous avons mis en place avec La Politique de la Ville de Marseille un projet dit « Circuit Court ». Dans ce cadre, nous organisons des permanences collaboratives avec d’autres structures dans les quartiers de Marseille où le chômage est élevé avec pour objectif de « raccrocher » les personnes hors dispositif et de les positionner sur un emploi direct ou par le biais de l’intérim en nous appuyant sur le projet L2. La première phase est un succès bien que perfectible.
Nous cherchons également à développer notre réseau d’entreprises clientes (350 à ce jour) en répondant à leur problématique de besoin en ressource humaine.
Nous leur offrons l’opportunité de devenir elles aussi des acteurs sociaux et de s’inscrire dans un projet RSE.

connect RH
L’entreprise, acteur social ? Expliquez-nous !
Laurent LAIK
Notre relation privilégiée avec les Entreprises et Syndicats d’employeurs nous permet de constater qu’il y a chez la plupart des dirigeants un entrepreneur social. L’exemple du patron de ZARA qui recrute 10 % de ses effectifs parmi les plus démunis, y compris des SDF en est un…
Si on parle de préjugés et représentations négatives, celle du mauvais employeur est également très présente.
Notre proximité avec le monde de l’entreprise nous permet de constater que l’engagement est fort pour l’emploi du côté des recruteurs. Les quelques 3 millions de personnes inscrites au chômage représentent une véritable richesse et un vrai enjeu pour la productivité et l’économie de notre pays.

connect RH
Comment expliquez-vous justement l’éloignement qui existe entre les employeurs et les personnes en recherche d’emploi ?
Laurent LAIK
Je n’explique rien. Ce n’est pas mon métier !
J’entreprends !
Cette entreprise se concrétisera d’ici à la fin de l’année par l’ouverture d’une première agence de travail… au cœur du métro Marseillais, sur Castellane.
La RTM libère son espace d’accueil. Nous allons nous y implanter une plateforme d’accueil pour y sourcer des candidats au profit de nos propres entreprises mais aussi pour le compte de nos entreprises clientes.
Le concept « Emploi et Mobilité » imaginé avec la RTM est un message fort pour réduire l’éloignement de l’emploi.
Derrière cet espace de primo accueil que nous voulons dupliquer sur d’autres stations nous entendons créer un espace de traitement des candidatures. Nous recherchons des collaborations avec les partenaires, la cité des métiers, les entreprises…
En fin de compte, peut-être que Marseille n’est pas un problème. C’est tout simplement un enjeu !

Insertion

En complément de mon article de février (voir ici), et à nouveau parce qu’un (joli) dessin vaut mieux qu’un long discours, voici très concrètement les résultats obtenus par « 100 chances – 100 emplois », association qui a pour objectif d’aider des jeunes issus de Zones Urbaines Sensibles à trouver des solutions vers l’emploi.

75% de sorties positives, parmi lesquelles 17% en CDI. Sans que cela ne coûte un centime de plus à la collectivité ! Parmi ces jeunes, de très belles personnalités, de vrais talents, qui n’avaient besoin que d’un coup de pouce pour avancer. D’autres pour lesquels cela est plus compliqué, d’autres enfin qui décrochent, c’est aussi vrai.

Ceci démontre néanmoins que dans la majorité des cas la solution est bien dans les entreprises. C’est par l’engagement de toutes celles qui contribuent à ce projet que les choses avancent, sans grand discours, sans agitation. Merci encore à Didier Coulomb de Schneider Electric d’avoir initié cette aventure. De nombreuses entreprises y participent, je vous propose aussi de faire en sorte que nous n’en soyons qu’au début, en participant à ce travail. Si  le Groupe des Eaux de Marseille, Saint Gobain, Leroy Merlin, Vinci Construction, Dalkia, Adecco, Bureau Veritas, EDF, AG2R La Mondiale, SNEF, j’en oublie, sont là, pourquoi pas vous ?

Marc Low

www.100 chances-100 emplois.org